Tristesse

Ce soir j’ai encore perdu un être qui m’était cher. Ma tristesse et mon désarroi sont immenses.

Sa passion était la peinture; je lui adresse ce poème.

Arrêter de courir, se poser un instant,
Et laisser le pinceau nous bercer de silence,
Un silence intérieur où l’âme se détend,
Et le hasard de l’eau fait naître les nuances…

Peindre est un sentiment, un rêve, une aventure,
Un chemin spirituel qui mène à Compostelle,
Cherchant au fond de soi l’impossible capture
De la beauté parfaite, indicible, éternelle…

Et pourtant elle est là, près de nous, tout autour,
Attendant le regard de celui qui comprend,
Comme un enfant perdu qui n’attend que l’Amour
Au milieu de passants, sourds ou indifférents…

La beauté est dans l’oeil de celui qui regarde,
Dans le coeur de celui qui contemple le monde,
Ce trésor est caché, pour peu qu’on s’y attarde
Il éclot du banal dans ce qui nous inonde…

Ce peut être la fleur sur le bord du chemin,
Le cabanon lové dans l’écrin de ses pierres,
L’abricot rougeoyant dans le creux de ta main,
Le vent dans l’olivier, caressé de lumière…

Et tout cet univers nous permet de renaître,
La main guide le trait, coule comme un ruisseau,
Et c’est l’âme qui peint du plus profond de l’Être,
Car la pointe du coeur est celle du pinceau…

Jacques Williet,

Repose en paix au paradis des peintres.

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