Nikkormat

L’ami des Nikkor

Carré, large d’épaules, le Nikkormat donne la même impression d’indestructibilité que le Nikon F des pros. Ce n’est pas qu’une impression !
Et puis, le Nikkormat ressemble vraiment beaucoup au F. Avec lui l’amateur a le délectable sentiment de participer d’une certaine maniére aux aventures des de reporters guerre, des photographesde mode…


Dans les années soixante, chez Nikon, on ne mélangeait pas les torchons et les serviettes. Un modèle d’entrée de gamme, ou même “expert”, comme on dit aujourd’hui, n’était pas jugé digne de porter le même nom que son grand frère “pro” !
Alors on forgeait un mot. Ce fut Nikkormat. Il annonçait clairement la couleur : l’objectif… était de faire vendre des objectifs Nikkor !

Ratisser large

Trois ans aprés son apparition historique en 1959, le F est un très grand succès. Nikon travaille d’arrache-pied a élargir son catalogue d’objectifs, déjà magnifique : plus de vingt focales de 21 à 1000 mm, dont deux zooms et une optique à décentrement !
Mais son prix réserve le F à une élite, ce qui limite la diffusion des Nikkor, dont le développement est très coûteux. D’où I’idée de créer un second boitier, doté de la même baïonnette, mais accessible aux amateurs.

Ce sera d’abord le Nikkorex, fabriqué par Mamiya pour le compte de Nikon. Parfait sur le papier, discutable dans la pratique. Nikon ne s‘entête pas et

met ses concepteurs au travail pour lui donner un remplaçant qui, lui, sera 100% Nikon.II devra étre irréprochable sur le plan de la fiabilité. II le sera !

Le Nikkormat FT, qui apparaît en 1965, n’a aucun point commun avec le Nikkorex, sinon son obturateur Copal Square a lamelles métalliques défilant verticalement au 1/125s, une performance a l’époque. Comme on le sait, ce type d‘obturateur sera universellement adopté par la suite… Curieusement, celui du Nikkor abandonne le bon vieux sélecteur de capot pour une bague concentrique à la monture. Elle ne fera pas l’unanimité.

Le Nikkormant se démarque du F sur deux points importants :

  • son verre de visée et son prisme sont fixes et ne montre que 92% du champ;
  • il n‘est pas motorisable.

En revanche, ses points communs avec le F sont nombreux :

  • un boîtier à angles vifs, aux dimensions confortables, agrémenté d’un beau gainage hérité des Nikon à télémètre;
  • un oculaire de bonne taille;
  • un testeur de profondeur de champ;
  • un miroir relevable.

Enfin, il présente deux supériorités sur le F :

  • un dos à charnière, solution très préférable au dos amovible (toujours enclin à tomber, à se déformer, à se salir.…);
  • et surtout, un posemètre (intégré dans le boîtier et effectuant une mesure TTL – d’où le nom de Nikkormat FT).

Cette formule est beaucoup moins encombrante que le prisme-cellule Photomic du F. La précision de mesure est globalement bonne, mais souvent un peu décalée…
Le contrôle d’exposition est manuel: il faut jouer sur les vitesses ou sur les diaphragmes pour aligner une aiguille visible dans le viseur (et répétée sur le dessus du capot, détail appréciable lorsque l’on fait de la reproduction de document, par exemple). La mesure s’effectue à pleine ouverture, un important perfectionnement inauguré par Topcon, mais encore ignoré en 1965 par Canon, Pentax, Minolta.
Reste le prix: en 1966, un boîtier F Photomic était tarifé 1625 francs, contre 967 seulement pour le Nikkormat. Un fossé !

Un chassé-croisé de douze années

Les choses sont en place. Les deux familles de Nikon, les pros et les amateurs, vont évoluer parallèlement au fil des avancées techniques.
Mais toutes les modifications apportées aux Nikkormat seront mineures – preuve que la conception de base était très saine et la robustesse sans
faille.

Première étape en 1967 : sur le Nikkormat FTn, la mesure globale cède la place à une mesure pondérée qui privilégie le centre de l’image. Canon et
Minolta ont opté l’année précédente pour ce type de mesure et il serait dangereux de leur en laisser l’exclusivité…
Le Nikkormat FTn reçoit en outre quelques retouches: affichage de la vitesse de travail dans le viseur, manipulation simplifiée pour le couplage des objectifs, possibilité de choisir au moment | de l’achat entre microprismes ou stigmomètre (le verre de visée n’étant pas interchangeable ultérieurement).
Le FTn est tellement réussi qu’il va rester pendant huit ans le cheval de bataille de Nikon. Seules petites évolutions: en 1973, adoption d’un verre de visée universel standard combinant microprismes et stigmomètre, ajout d’embouts en plastique sur le levier d’armement et le retardateur et adoption d’un nouveau gainage, plus lisse – mais plus banal.

1973 est aussi l’année de l’arrêt de fabrication des F (lamentations générales). Le F2 est là depuis deux ans déjà et il faut bien s’y habituer ! C’est un appareil remarquable qui à connu de petits ennuis de jeunesse et demeure bizarrement mal aimé. Il faut dire que la succession était difficile.
Le F2, qui reprend le système des prismes-cellules interchangeables, offre le choix entre deux Photomic : l’un à aiguille, l’autre à diodes – perfectionnement dont les Nikkormat ne seront jamais gratifiés.

En 1975, nouvelle mouture de Nikkormat: le FT 2. Modestes retouches encore une fois, la plus visible étant le montage, au-dessus du prisme, d’une griffe hot shoe (jusqu’ici disponible en accessoire). Le réglage des sensibilités est rendu plus facile et la prise de synchro M pour flashs magnésiques, devenue obsolète, disparaît.

Enfin en 1977, révolution au pays des Nikkor avec l’apparition de la monture Ai (pour automatic indexing), qui informe automatiquement le boîtier de l’ouverture maximum de l’objectif. La compatibilité est maintenue dans les deux sens: les objectifs Ai se montent sur les anciens boîtiers et les “non Al” sur les nouveaux {moyennant une petite manipulation et avec une mesure de lumière à ouverture réelle). La monture Ai va déclencher le lancement simultané de deux nouveaux boîtiers experts : le dernier Nikkormat, le FT3, et le primier reflex Nikon compact, avec diodes et cellule GASP : le FM.
Pourquoi avoir pris la peine de mettre le FT2 vieillissant au niveau Ai tout en créant le FT3 ? Pour garder deux fers au feu si FM avait connu des problèmes
techniques ou si la clientèle l’a boudé? Pour élargir l’offre conmerciale (le FT3 était proposé un prix 10% inférieur à celui du FM)? Ou, encore une fois, pour promouvoir les ventes de la gamme Nikkor, qui comptait alors cinquante-sept objectifs ?
Quoi qu’il en soit, face au très réussi et très moderne FM, ce pauvre FT3 sera balayé en moins d’un an, ce qui en fait le moins courant des Nikkormat (avec le sans cellule, fabriqué seulement de 1965 à 1969 et jamais importé en France).

Un mot encore d’une famille intermédiaire, celle des premiers Nikon automatiques, apparus en 1972. Nettement différents des “vrais” Nikkormat, ils ressemblent à des F2. Le premier s’appellera Nikkormat EL, le dernier Nikon EL2. Pour la première fois, un boîtier “amateur” est signé Nikon. Une page est tournée.

Tous les Nikkormat (à l’exception du FS) ont été proposés en chromé satiné moyennant supplément, en finition noire. Ces dernier dont le noir éclatant et profond exaltait les lignes tendues sont absolument magnifiques. On à peine à imaginer que ce ne sont que des appareils d’amateur…
Qu’on était loin alors du terne makrolon, jamais tout à fait gris jamais tout à fait noir, et des formes “pommedeterroïdales” des appareils d’aujourd’hui, si laids… qu’on dirait des voitures.


Article de la revue Chasseur d’Images, signé : Patrice-Hervé PONT

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